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COP21, Allemagne, coopération transfrontalière, nucléaire, énergies renouvelables : mon interview donnée à Radio Jerico à l'occasion de la COP21


par Gregory Dufour




Les 4 et 5 décembre 2015, Radio Jerico organisait son 6ème Radiodon.
 
Souhaitant lié ce dernier aux négociations de la COP21, Radio Jerico a organisé à cette occasion différentes chroniques et interviews axées autour du développement durable et de l’environnement. Je répondais en direct aux questions du journaliste de Radio Jerico, Jean-Louis Baudoux sur la situation environnementale en Allemagne et au sein de la relation franco-allemande et évidemment sur la question du nucléaire.
 
Voici, ci-dessous, la retranscription de cette interview réalisée le 4 décembre 2015. J’y ai rajouté quelques sources qui permettront d’obtenir des informations complémentaires pour celles et ceux qui le souhaitent.
 
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La COP21 a pour grand objectif de diminuer les émissions de CO2 et accélérer la transition énergétique dont la finalité sera de remplacer les énergies nucléaires et thermiques au profit d’énergies propres et renouvelables. La question du nucléaire se pose évidemment.
 
Question Radio Jerico : Y-a-t-il un consensus franco-allemand sur le nucléaire par exemple pour dégager moins de CO2 ?
 
Réponse Gregory  Dufour : Depuis plusieurs années déjà, la question de l’énergie nucléaire reste l’un des sujets de prédilection de la coopération franco-allemande transfrontalière, si ce n’est la pomme de discorde. Ici en Moselle, la centrale nucléaire de Cattenom focalise toutes les crispations politiques venant essentiellement de Sarre, de Rhénanie-Palatinat et du Luxembourg. Beaucoup de sorties politiques ont ainsi pu être observées et notamment celle du ministre sarrois de l’Environnement, qui confiait il y a quelques mois au grand quotidien allemand, BILD, que la centrale nucléaire de Cattenom portait « préjudice à l’amitié franco-allemande( 1) ».  Cela donne le ton.
 
*****
 
Question Radio Jerico : Mais y-a-t-il des actions particulières qui ont été mises en place côté transfrontalier pour tenter de faire fermer Cattenom ?
 
Réponse Gregory Dufour : Oui. Des villes sarroises avaient, pour leur part, lancé en mars 2011 un appel à la fermeture de la centrale nucléaire de Cattenom. Un appel qui est survenu suite à la catastrophe de Fukushima et qui allait être repris un an plus tard par la venue à Metz de la co-Présidente des Verts allemands de l’époque, Claudia Roth, lors d’une manifestation anti-nucléaire (2).
 
Au-delà de certaines de ces actions, au-delà d’articles qui ont pu être publiés sur ce sujet principalement dans la presse allemande, différentes recommandations (3) et déclarations, politiques cette fois, ont également été exprimées par des instances transfrontalières comme le Conseil parlementaire interrégional qui réunit des élus régionaux de Lorraine, de Sarre, de Rhénanie-Palatinat, du Luxembourg et de Wallonie.

Manifestation transfrontalière à Metz en 2012 contre le nucléaire
Manifestation transfrontalière à Metz en 2012 contre le nucléaire
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Question Radio Jerico : Quelles réponses ont été apportées côté français aux préoccupations des partenaires frontaliers de Wallonie, du Luxembourg et d’Allemagne ?
 
Réponse Gregory Dufour : Un Sommet de la Grande Région (4), sous présidence lorraine, avait été organisé en avril 2011. Ce sommet transfrontalier avait pour but de tenter de répondre aux inquiétudes et interrogations émanant des Allemands et Luxembourgeois.
 
Au-delà des quelques agitations observées chez certains politiques allemands qui ont compris que les médias parleraient davantage d’eux dès lors qu’ils agiteraient le chiffon rouge de Cattenom, de véritables initiatives ont pu voir le jour, côté lorrain, pour tenter de répondre aux inquiétudes et interrogations transfrontalières.
 
Ainsi, la commission locale d’information (5) auprès de la centrale de Cattenom, qui est présidée par le Président du Conseil Départemental de la Moselle, accueille en son sein, depuis mars 2012, 8 représentants de Sarre, de Rhénanie-Palatinat, du Luxembourg et de Wallonie, qui y siègent en qualité d’observateurs lors de certaines réunions et activités de la commission. La Lorraine a ainsi pu mettre en place davantage de transparence sur les activités de la centrale de Cattenom. Des rencontres régulières transfrontalières ont ainsi lieu. La protection civile transfrontalière s’est également mobilisée sur Cattenom avec l’organisation entre avril 2011 et juin 2013 d’exercices franco-germano-luxembourgeois.
 
Le caractère unique et la grande qualité opérationnelle de ces exercices transfrontaliers d’ampleur a servi, selon le Sommet de la Grande Région (6), de modèle à l’échelle internationale.
 
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Question Radio Jerico : Mais une solution définitive peut-elle être trouvée pour régler une bonne fois pour toutes Cattenom ?
 
Réponse Gregory Dufour : Ecoutez, si les inquiétudes concernant le nucléaire et Cattenom sont légitimes, elles peuvent être compréhensibles parce qu’elles répondent à une émotion suscitée par l’actualité, on l’a vu par exemple avec Fukushima, ou parce qu’elles sont étayées par une transparence accrue concernant les incidents intervenus dans la centrale, il n’en demeure pas moins que la question de l’avenir de Cattenom ne pourra pas être réglée dans le cadre de la Grande Région ou dans le cadre d’un accord entre la Lorraine et la Sarre, mais bien dans le cadre national entre le gouvernement et l’exploitant de la centrale.
 
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Question Radio Jerico : La COP21 peut-elle contribuer à régler le problème de Cattenom ?
 
Réponse Gregory Dufour : C’est l’espoir formulé récemment par des politiques sarrois. Mais il ne faut pas rêver. La fermeture d’une centrale ne se fait pas d’un coup de baguette magique. Cela demande du temps et de l’argent. Et puis il faut arriver à remplacer une production nucléaire par une autre production. Les Allemands connaissent bien ce  problème.
 
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Question Radio Jerico : Oui, parce que  l’Allemagne a renoncé à l’énergie nucléaire pour réduire ses émissions de CO2 ?
 
Réponse Gregory Dufour : Oui, c’est vrai après plusieurs revirements incroyables, il faut le rappeler de la Chancelière Angela Merkel qui était à la base opposée à la fin du nucléaire. Mais son réalisme et son pragmatisme politiques lui ont fait mettre fin au nucléaire d’ici 2022. Sa décision surprenante lui a permis de couper l’herbe sous les pieds des Verts allemands.

Cela devient une habitude chez elle. Elle était contre le salaire minimum mais l’a néanmoins mis en place pour liquider, si je puis dire, son allié social-démocrate qui revendiquait depuis de nombreuses années la création d’un tel salaire minimum, qui a du reste été mis en place en janvier 2015.
 
Si Angela Merkel se vante de sa décision de mettre fin au nucléaire d’ici 2022, elle oublie de dire que l’Allemagne doit palier la fin du nucléaire en mettant en place une politique que l’on appelle en Allemagne l’« Energiewende », le tournant énergétique.

 
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Question Radio Jerico : L’ « Energiewende », qu’est-ce que c’est ?
 
Réponse Gregory Dufour : L’« Energiewende », le tournant énergétique a l’ambition de transformer en profondeur le système énergétique allemand avec à la clé l’objectif de réduire de 80 à 95 % les émissions de gaz à effet de serre en 2050 par rapport à 1990.
Cela va passer par le développement des énergies renouvelables.
 
Mais avant d’arriver à une énergie propre et renouvelable, l’Allemagne doit d’abord palier à la fin du nucléaire pour maintenir une production d’énergie suffisante. Mais, comme je l’évoquais à l’instant, la fin du nucléaire impose pour l’instant de remplacer ces centrales nucléaires par des centrales thermiques principalement au charbon. Et cela pose de très gros problèmes.

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Question Radio Jerico : Quels genres de problèmes ?
 
Réponse Gregory Dufour : D’abord, il faut compenser la fermeture des centrales nucléaires par de nouvelles centrales thermiques qui émettent beaucoup plus de CO2.

Ensuite, il faut que le gouvernement allemand arrive à fermer ses centrales à charbon les plus polluantes. Or il existe de nombreuses réticences à commencer par les industriels.

Or cet été, le gouvernement allemand a tenté de fermer les centrales à charbon les plus polluantes en mettant ces dernières à contribution à travers l’instauration d’une taxe. Son projet a été fermement critiqué par les industriels et syndicats, car selon eux, la fermeture de ces centrales très polluantes aurait supprimé 100 000 emplois. Résultat, le gouvernement a fait marche arrière mais en plus les groupes énergétiques vont recevoir des aides publiques au lieu d’être taxés. 1,5 milliard d’€ par an, voilà un beau pactole !
 
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Question Radio Jerico : Mais l’Allemagne semble faire de gros efforts pour les énergies renouvelables ?
 
Réponse Gregory Dufour : Oui. L’Allemagne fait de gros effort pour le développement des énergies renouvelables. Mais on sait que ces dernières ne suffiront pas à remplacer rapidement les chaudières à lignite, ce charbon qui est extrêmement polluant mais dont le sous-sol allemand regorge. Au-delà de la fin éventuelle du nucléaire en Allemagne, c’est la question de la fin des centrales à charbon qui est l’un des principaux enjeux. Mais quand on sait que l’Union européenne subventionne  à hauteur de 10 milliards d’euros le charbon en Europe, on peut avoir quelques doutes sur un changement radical de positionnement côté allemand surtout avec la pression  des industriels. En tout cas pour l’instant, ces derniers continuent l’exploitation des sous-sols allemands et rasent même des villages ou petites villes allemandes qui se trouvent sur leur passage, ils exproprient des citoyens (8). Difficile dans ces conditions de venir donner des leçons aux autres.
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Question Radio Jerico : Mais un retour en arrière est inenvisageable, non ? La transition énergétique se fera et l’Allemagne en aura terminé avec le nucléaire d’ici 2022 ?
 
Réponse Gregory Dufour : Sans doute. Mais il faut noter que les Allemands voteront à plusieurs reprises d’ici 2020 soit au niveau national soit au niveau des Länder. Il ne faudrait pas être plein de certitudes et croire qu’aucun retour en arrière sur le nucléaire ne soit possible. Rien n’est à exclure surtout. Il peut très bien y avoir des évolutions politiques, économiques et sociales en Allemagne.

L’Allemagne était déjà revenue sur la fin du nucléaire entre 2001 et 2010. Ceci dit, la croissance relativement rapide du secteur des énergies renouvelables et les investissements de plus en plus importants des entreprises européennes dans les énergies nouvelles, rendus possibles grâce à des soutiens publics, pourraient empêcher politiquement un retour en arrière. Un retour en arrière serait en outre  impossible si ce changement énergétique devait être accompagné d’une importante création d’emplois, de richesses et d’innovation.

L’enjeu est donc de taille. Tout dépendra de la capacité de l’Etat allemand, particulièrement endetté, à pouvoir accompagner financièrement ce changement de société. Mais pour l’instant, l’Allemagne va bientôt arrêter ses centrales nucléaires et construit des centrales à charbon et pollue et notamment ses voisins.

Eoliennes en Moselle
Eoliennes en Moselle
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Question Radio Jerico : Mais l’Allemagne ne pollue pas ses voisins ?
 
Réponse Gregory Dufour : Si. Il n’existe pas de frontière, j’allais dire, contrairement à la légende que nous avions connue avec la tragédie de Tchernobyl. Il en va de même avec la pollution enregistrée en France ayant pour origine la production électrique allemande. C’est d’ailleurs ce que révélait, le journal les Echos il y  a quelques mois (9).

Cette pollution trouve son origine dans la montée en puissance outre-Rhin de centrales thermiques pour compenser le désengagement allemand du nucléaire. Cette pollution « made in Germany » traverse les frontières et est finalement une source de maladies pour les populations frontalières respirant les particules fines mais ce sujet ne fait curieusement pas l’objet de discussions politiques transfrontalières alors qu’elle impacte directement les citoyens de l’autre côté des frontières allemandes.

Alors on nous dit que les centrales thermiques allemandes sont moins polluantes qu’avant. Mais si c’est le même principe que pour les voitures Volkswagen dont on nous garantissait les faibles émissions de CO2…. On peut douter parfois des promesses.
 
Il y a donc de gros progrès à faire entre Allemands et Français.

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Question Radio Jerico : Mais il n’y a pas de réelle coopération franco-allemande sur les questions énergétiques pour régler ces problèmes et arriver faire du couple bilatéral un moteur pour la transition énergétique ?
 
Réponse Gregory Dufour : Si bien sûr, il y a des instances de coopération comme le Conseil franco-allemand de l’environnement. Ce Conseil franco-allemand de l’Environnement a été créé en 1989. Il est présidé par les ministres français et allemands délégués à l’Environnement. Sa mission est évidemment de faire travailler en commun Français et Allemands sur des questions d’environnement. Ce conseil se réunit une fois par an. C’est surtout l’occasion de faire de la communication politique à travers des déclarations soit d’intention, soit des déclarations annonçant des projets à venir.

Une autre instance est aussi à mentionner c’est l’office franco-allemand des énergies renouvelables qui a pour mission de promouvoir l’échange d’informations et d’expériences entre les ministères français et allemand, les entreprises, les syndicats professionnels, les centres de recherche ainsi qu’entre les communes et régions dans le domaine des énergies renouvelables et de la transition énergétique. C’est un outil très intéressant.

Et puis, il y a évidemment d’autres coopérations comme celle entretenue entre l’ADEME (Agence de l'Environnement et de la Maîtrise de l'Energie) et son partenaire allemand, la DENA (la « Deutsche Energie Agentur) qui ont lancé en commun l’année dernière la « plateforme franco-allemande pour la transition énergétique » décidée au Conseil des ministres franco-allemand. L’idée est par exemple de voir les industriels travailler dans différents domaines tels que le stockage d’électricité, les réseaux électriques intelligents, l’éolien, le solaire photovoltaïque, la méthanisation ou encore la rénovation énergétique. Certains voient déjà dans cette plate-forme l’Airbus de la transition énergétique en Europe. Ils vont un peu vite. Tout cela va demander du temps, de l’argent. Et surtout, il va falloir que les uns apprennent à travailler avec les autres. Et par expérience, je sais que cela n’est pas du tout évident.
 
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Question Radio Jerico : Ah oui, et pourquoi ?
 
Réponse Gregory Dufour : Il ne faut pas négliger la dimension interculturelle. Il ne faut pas oublier non plus les revirements possibles de nos politiques. Et puis, n’oublions pas non plus la responsabilité des consommateurs que nous sommes pour arriver à ce changement énergétique. On voit donc bien que la transition énergétique reste donc tributaire de beaucoup d’éléments.

Pour l’instant, l’idée même d’une électricité 100% renouvelable reste une utopie, comme l’évoquait le journal Le Monde (10) il y a quelques jours. Accepteriez-vous qu’on installe 50 000 éoliennes géantes donc, en moyenne, une tous les 2 kilomètres sur la moitié de la France ? Et un rideau d’autres éoliennes le long de tout le littoral nord et ouest ? Et des panneaux photovoltaïques sur toutes les toitures, terrasses et champs en friche ? Ou que l’électricité ne soit pas disponible 24 h sur 24 ? Pas sûr qu’il y a beaucoup de réponses positives à ces questions.

On ira de toute façon vers un mixte énergétique et faire encore avec le nucléaire pour maintenir pour l’instant une production électrique suffisante et bon marché, du moins côté français. Le nucléaire est-il un problème ? Sans doute que non. Albert Einstein avait peut-être raison lorsqu’il affirmait que « le problème n’est pas l’énergie atomique mais le cœur des hommes ».
 
 
(1) https://twitter.com/bild_saarland/status/494860431706447877
(2) http://www.gregorydufour.eu/
(3) Voir notamment http://www.cpi-ipr.com/Uploads/Recommandations/128_1_07a_Recom%C2%B0%20Com%C2%B0%206%20Nucl%C3%A9aire_FR.doc et http://www.cpi-ipr.com/Uploads/Recommandations/140_1_04a_Sommet%20exceptionnel%20sur%20le%20nucl%C3%A9aire-Sondergipfel%20zum%20Thema%20Kernkraft.docx
 
(4) Voir notamment http://www.granderegion.net/fr/support/recherche/index.php?q=cattenom&go.x=0&go.y=0
(5) http://www.cg57.fr/cli
(6) http://www.granderegion.net/fr/documents-officiels/declarations-communes-finales/14e_SOMMET_-DECLARATION_COMMUNE.pdf
(7) http://www.lepoint.fr/economie/l-allemagne-ne-peut-pas-se-passer-de-son-charbon-03-07-2015-1942004_28.php
(8) http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2014/03/11/20002-20140311ARTFIG00014-en-plein-essor-le-charbon-deplace-des-villages-entiers-en-allemagne.php
(9) http://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/cercle-93555-latmosphere-francaise-est-elle-polluee-par-le-charbon-allemand-1003384.php
(10) http://www.lemonde.fr/economie/article/2015/12/02/l-illusion-d-une-electricite-100-renouvelable_4822316_3234.html
 


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